🔞 Fiction — histoire imaginée par La Voisine. Personnages et situations inventés, adultes et consentants.

Le badge visiteur — épisode 3 : La chambre qu'on peut quitter

La clé de la chambre pesait trop léger dans la paume de Camille.

Camille, quarante ans, la tenait encore dans le hall de l’hôtel neutre près de Perrache, bagage à roulettes des congressistes qui cliquetaient derrière elle, odeur de désinfectant et de café filtre. Hervé, cinquante-quatre ans, s’était arrêté à deux mètres, mains visibles, badge conférencier enfin sur le bon torse. Il n’avait pas tendu la main vers la réception. Il avait dit: tu prends la clé, ou on rebrousse.

Elle l’avait prise.

Dans l’ascenseur, le miroir leur renvoyait deux adultes un peu ridicules et très concentrés. Camille sentit son estomac se nouer au troisième étage. Elle aurait pu appuyer sur 0. Elle ne le fit pas. Hervé ne parla pas pour combler. La règle de la terrasse tenait: pas de mentor, pas de script.

Le couloir sentait la moquette neuve. Porte 312. Camille glissa la carte, entra la première, laissa la porte ouverte derrière elle le temps de voir la pièce: un lit king trop blanc, un fauteuil près de la fenêtre, une salle de bain dont la porte ne fermait pas à clé de l’intérieur, le Rhône invisible quelque part derrière les immeubles. Elle posa son sac contre le mur, pas sur le lit.

— Je peux fermer? demanda Hervé depuis le seuil.

— Oui. Doucement.

Le clic fut net. Pas un verrou de prison: une porte d’hôtel. Camille vérifia le loquet à main, l’ouvrit d’un centimètre, le referma. Hervé attendit sans commentaire.

— Si je dis stop, reprit-elle, tu t’arrêtes et tu me laisses l’espace vers la porte. Tu ne discutes pas le timing.

— Stop, je m’arrête. Tu sors si tu veux. Je ne te suis pas dans le couloir.

— Et pas de tu es sûre en boucle. Un oui clair me suffit. Un non aussi.

— Marché.

Ils restèrent debout trop longtemps, comme dans le hall du congrès. Camille rit tout bas.

— On a l’air d’un comité d’entreprise.

— Les comités d’entreprise sauvent parfois des vies, dit-il. Mauvaise blague. Désolé.

— Garde-la. Ça me rappelle que tu n’es pas un metteur en scène.

Elle s’approcha, prit sa main comme sous la table de la terrasse, puis posa l’autre sur sa joue. Demanda des yeux. Il hocha. Le baiser goûta encore le citron lointain et la fatigue du jour. Quand sa bouche glissa vers son cou, elle dit:

— Là, oui. Les vêtements, on verra après.

Ils se déshabillèrent sans course, pièce par pièce, chacun demandant avant d’aider l’autre. Camille garda un instant sa chemise ouverte sur la peau; Hervé attendit qu’elle la laisse tomber. Sur le lit, elle s’allongea du côté de la porte, volontairement. Il s’en aperçut, sourit, s’installa de l’autre bord.

— Comme ça tu gardes la sortie, murmura-t-il.

— Exact. Caresse-moi ici. Pas plus bas tant que je n’ai pas dit.

Sa main suivit la consigne, lente, attentive. Camille sentit le désir monter sans la panique de la veille: pas parce que tout était parfait, parce que chaque phrase changeait vraiment ce qui se passait. Elle guida ses doigts plus bas d’un maintenant, puis dit plus lent quand il allait trop vite. Il obéit au mot, pas à un fantasme de film.

Quand elle voulut le sentir contre elle, elle le formula:

— Je te veux en moi. Avec une capote. Tu en as?

— Oui. Dans la veste. J’attends que tu le dises encore une fois quand ce sera ouvert.

Il s’éloigna, revint, montra l’emballage sans en faire un trophée. Elle hocha. Il se protégea sous son regard. Au moment de la rejoindre, il s’arrêta.

— Toujours oui?

— Oui. Si ça pince, je dis stop.

Ça pinça une seconde; elle le dit; il s’immobilisa, respira, reprit seulement quand elle le tira à elle. Le rythme resta le sien plus que le sien. Une fois, elle rit d’un genou mal placé; il rit avec elle, ce qui dénoua le reste. Camille jouit sans théâtralité, le souffle court, la main crispée dans le drap du côté porte. Hervé la suivit bientôt, le front contre son épaule, sans monologue.

Après, le calme sentait le savon d’hôtel et la sueur honnête. Camille se leva la première, but un verre d’eau au lavabo, regarda sa gueule dans le miroir: pas une autre femme, la même, juste moins nouée.

— Je ne dors pas ici, dit-elle en revenant. Je rentre. Pas parce que c’était mauvais. Parce que la règle tient jusqu’au bout.

— Je m’y attendais. Tu veux que je descende avec toi jusqu’au hall, ou tu sors seule?

— Seule. Toi tu restes dix minutes après moi. Comme convenu dans ma tête.

— Dix minutes. Compris.

Elle se rhabilla, rangea le badge Camille bien en vue sur sa veste, vérifia le téléphone: 21 h 12. Elle envoya à son amie: Tout va. Je rentre. Appel dans 40 min. Hervé resta assis au bord du lit, drap sur les genoux, sans la retenir du regard.

À la porte, elle se retourna.

— Merci d’avoir rendu la chambre quittable. C’est la première fois que je me sens… pas piégée par mon propre désir.

— Merci d’avoir dit les phrases. J’en avais besoin autant que toi.

Elle ouvrit, sortit, laissa la porte se refermer sans claquer. Dans le couloir, personne. L’ascenseur descendit. Dehors, l’air de Perrache sentait le bitume tiède. Camille marcha vers le tram, jambe un peu molles, sourire privé, et se promit de ne raconter ça à personne comme une conquête: seulement comme une porte qu’elle avait ouverte et refermée elle-même.

Fin de la série — fiction, réservée aux adultes.

Une première fois peut tenir dans une chambre qu’on quitte. Plans et rencontres sans promesse.

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