🔞 Fiction — histoire imaginée par La Voisine. Personnages et situations inventés, adultes et consentants.

Aucun plan ne survit au vestiaire — épisode 4 : Le dimanche sans mensonge

Le carnet attendait à sa place, entre le bol de clémentines et le chargeur de téléphone.

Dimanche, onze heures. Bordeaux sous une lumière trop nette pour les non-dits. Élise, trente-deux ans, avait fait le café correctement cette fois, sans le brûler comme une métaphore. Romain, trente-cinq ans, n’avait pas ouvert son ordinateur. La robe noire séchait sur un cintre dans la chambre comme une peau quittée. Sur l’évier, deux verres d’eau de la veille.

— On avait dit sans mensonge, rappela Élise.

— Sans mensonge, répéta Romain. Même si c’est moche. Même si c’est flatteur.

Elle poussa une tasse vers lui, s’assit, ouvrit le carnet à la page signée. La ligne six était toujours là. Le « ce soir » barré de la première sortie semblait appartenir à une autre géologie. Elle relut aussi la phrase sur l’audace co-portée. Ça tenait encore.

— Moi, dit Élise, j’ai aimé le baiser pour lui-même. Pas seulement comme preuve. Le goût différent, le rire contre une bouche que je ne connaissais pas, ta main entre mes omoplates. J’ai aimé m’arrêter avant le signal. J’ai moins aimé l’idée que sans ta permission structurée, je n’aurais peut-être pas osé. Si on continue, je veux que l’audace soit co-portée, pas autorisée comme une sortie scolaire.

Romain écouta jusqu’au bout, ce qui était déjà une forme d’amour.

— Moi j’ai cru que j’allais casser, dit-il. Au premier contact de vos bouches, j’ai vu rouge, puis blanc, puis toi qui te retires et moi qui reste. Je n’ai pas cassé. J’ai même désiré plus fort après. Ça m’a surpris. Mon non du premier samedi était vrai ce jour-là. Il n’est plus une loi gravée. Il reste une zone: je peux regarder un baiser, peut-être plus tard autre chose, pas tout, pas vite, pas pour prouver. Et je refuse encore qu’on me fasse porter le rôle du gardien silencieux qui sourit pour sauver la modernité du couple.

Élise posa la main sur la sienne.

— Tu as eu peur de quoi exactement? Que je parte? Que tu sois moins désirable? Que le club te révèle jaloux?

— Les trois. Dans le désordre. Surtout que mon désir de toi devienne une surveillance. Je déteste ça chez les autres. Je ne veux pas le devenir.

— Tu ne l’es pas devenu. Tu as tenu un signal sans en faire un collier.

Un silence utile s’installa. Dehors, une cloche d’église lointaine marqua la demie. Romain servit encore un peu de café.

— Est-ce qu’on y retourne? demanda-t-il.

— Un jour. Pas ce week-end. Là, je veux un déjeuner, une sieste, et t’embrasser sans public pour me rappeler que le club n’est pas la seule pièce où j’existe. Et je veux qu’on réécrive la liste avant que la mémoire n’en fasse une légende.

— Alors on réécrit.

Ils barrèrent d’un trait propre les lignes devenues trop étroites, gardèrent l’alcool, le bar, le stop parking, les photos. À la place de l’ancienne ligne six, Élise écrivit lentement, en dictant à voix haute pour que Romain corrige au fur et à mesure:

  1. Les contacts avec autrui se décident le jour même, à deux, avant le vestiaire. Pas pendant la panique d’une piste.
  2. Chacun peut freiner sans être le policier du couple.
  3. Dimanche suivant: parole obligatoire, même s’il ne s’est « rien passé ».
  4. Personne ne porte l’audace ni la prudence à la place de l’autre.

Romain ajouta, après réflexion:

  1. Si l’un des deux ment pour « sauver la soirée », on arrête les clubs trois mois et on en reparle hors décor.

— Cruelle, dit Élise.

— Précise, répondit-il. On a assez joué à être plus solides qu’on n’était.

Ils signèrent. Cette fois, leurs prénoms se touchaient vraiment, encre noire sur papier un peu cornée. Romain se leva, contourna la table, l’embrassa contre le frigo, longtemps, sans urgence de preuve. Élise sentit le désir revenir simple, presque domestique, et s’en contenta. Ses mains glissèrent sous son t-shirt, s’arrêtèrent quand il sourit contre sa bouche.

— Sieste? proposa-t-il.

— Sieste. Et si on fait plus que dormir, ce ne sera pas pour effacer Noémie. Ce sera pour nous.

— Marché.

Plus tard seulement, ils descendirent chercher de quoi manger. Dans la rue, Élise prit la main de Romain sans regarder si quelqu’un les voyait. Ce n’était pas un club. C’était mieux et moins: une ville ordinaire, un couple qui venait d’admettre qu’il désirait encore, différemment.

Au retour, le carnet était toujours sur la table. Ouvert. Pas comme un trophée. Comme une preuve qu’ils savaient détruire un plan pour en écrire un plus juste. Aucun plan n’avait survécu au vestiaire. Leur couple, si: un peu différent, un peu moins costumé, beaucoup plus utilisable le lundi matin.

Élise posa les clefs, regarda Romain déballer les croissants, et se dit que la vraie suite n’était ni une piste ni une liste: c’était la capacité à se redire non et oui dans cette cuisine, encore, quand il n’y aurait plus de bracelets pour faire semblant que le cadre suffisait.

— Croissant brûlé pour la fille aux règles? proposa-t-il. — Toujours. Et un autre pour le garçon au signal.

Avant de fermer le tiroir, elle glissa le carnet parmi les notices de garantie, entre la cafetière et les piles. Pas caché. Juste à sa place parmi les choses qui servent vraiment.

Fin — fiction, réservée aux adultes.

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Les listes tiennent mieux que les fantasmes de performance. En vrai aussi. Rencontres libertines.

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