🔞 Fiction — histoire imaginée par La Voisine. Personnages et situations inventés, adultes et consentants.

Les marées du dimanche — épisode 1 : Le covoiturage

Le covoiturage n’aurait pas dû sentir le désir.

Camille, vingt-neuf ans, avait dit oui pour une raison simple: Inès cherchait une place jusqu’à la côte, le week-end d’un ami commun, et Camille conduisait déjà vers Saint-Malo. Une heure et demie, un plein, un silence poli. Pas une intrigue.

Sauf que le sac d’Inès était déjà dans le coffre quand Camille est arrivée, et qu’Inès, trente et un ans, fumait une cigarette à moitié finie contre le poteau du parking, comme si elle hésitait encore à monter.

— Tu peux encore dire non, lança Camille sans ouvrir la portière. Je te dépose à la gare si tu préfères le train. — Si je préférais le train, je ne t’aurais pas écrit à 6 h 12.

Inès écrasa le filtre, sourit du coin de la bouche. Cheveux courts, doudoune trop fine pour le vent d’avril, thermos à la main. Camille nota le détail et s’en voulut de le noter.

Elles prirent la rocade. La pluie fine collait au pare-brise. La radio restait basse: une station locale, météo marée, pubs de campings. Camille tenait le volant à dix heures dix; Inès regardait la route comme on regarde une proposition.

— Ton ami a vraiment réservé pour deux? demanda Camille. — Pour deux. Chambre avec deux lits. J’ai vérifié deux fois. Je ne t’embarque pas dans un piège à couple. — Bien. Parce que moi, le piège à couple, j’ai déjà donné. Et ce n’était pas un week-end.

Inès hocha la tête. Pas de blague facile. Camille apprécia.

Au péage, leurs doigts se frôlèrent sur le ticket. Inès retira la main trop vite, puis trop lentement, comme si elle corrigeait une erreur dans les deux sens.

— Désolée, dit-elle. — Pour le ticket? — Pour le fait que je te regarde conduire depuis vingt minutes comme si c’était un film.

Camille sentit la chaleur lui monter au cou. Elle garda les yeux sur la ligne blanche.

— Tu peux regarder. Tu ne peux pas décider à ma place ce que ça veut dire. — Marché.

Elles s’arrêtèrent à une aire pour le café. Le distributeur crachait un brun tiède. Inès prit le gobelet de Camille sans demander, y versa un trait de son thermos: vrai café, amer, mieux. Le geste était intime sans être une main sur la hanche.

— Dis-moi si je vais trop vite, dit Inès. — Trop vite, ce serait de parler lit avant d’avoir parlé envie. — Alors parlons envie. Moi, j’ai dit oui au covoit parce que tu m’intéresses. Pas parce que j’avais besoin d’une chauffeuse.

Camille posa le gobelet sur le capot humide.

— Moi j’ai dit oui parce que le trajet m’arrangeait. Et parce que ton message de 6 h 12 m’a fait sourire plus longtemps que je ne l’admettrai en public. — C’est déjà beaucoup. — Ce n’est pas encore un oui pour le week-end entier. C’est un oui pour la route. Ensuite on voit. Et si l’un de nous dit stop, on arrête sans procès.

Inès tendit la main, paume ouverte, pas pour un baiser: pour sceller. Camille la serra. La peau d’Inès était froide; la sienne, trop chaude. Elles rirent toutes les deux, nerveuses, honnêtes.

Dans la voiture, le silence changea de nature. Moins poli, plus chargé. Camille mit le clignotant pour une sortie qu’elle n’avait pas prévue, puis le rétablit: elle ne fuyait pas. Elle restait.

— Une limite, ajouta-t-elle. Je ne couche pas pour « voir ». Si on se touche, ce sera parce qu’on l’a dit. Pas parce que la chambre est petite. — Une limite pour moi: ne me mets pas dans le rôle de celle qui sait. J’ai trente et un ans, pas un mode d’emploi collé au front. — Noté.

Elles roulèrent encore. La mer apparut par à-coups entre les talus: gris, puis argent. Inès ouvrit la fenêtre d’un cran; l’air salé entra. Camille pensa à l’annonce de location, aux deux lits, à la façon dont un week-end peut mentir ou dire vrai selon la première nuit.

Devant la maison basse, volets bleus délavés, gravier mouillé, Inès sortit la clé de l’agence d’un porte-cartes trop plein.

— On peut encore faire demi-tour, dit-elle. Tu me ramènes à la gare. Je prends le prochain. Zéro drame. — Je sais. — Et tu choisis quoi?

Camille coupa le contact. Le moteur s’éteignit; le bruit de la mer resta.

— Je choisis d’entrer. Avec toi. Sans promesse de lit partagé. Avec le droit de changer d’avis avant le dîner, après le dîner, et demain matin. — Alors on entre.

Inès posa sa main sur la portière de Camille, attendit un regard, reçut un hochement, et ouvrit. Leurs sacs se heurtèrent sur le gravier. À l’intérieur, l’odeur de lessive et de bois froid. Au fond du couloir, deux portes de chambres entrouvertes: deux lits simples, draps blancs, une seule fenêtre sur la mer pour chacune.

Inès s’arrêta sur le seuil de la première.

— Deux lits, dit-elle. Comme promis. — Deux lits, répéta Camille. Et une question qu’on n’a pas encore tranchée.

Elle ne dit pas laquelle. Inès le savait déjà: pas la taille des matelas. La distance qu’elles oseraient, ou non, franchir avant la marée du lendemain.

Fin de l’épisode 1 — fiction, réservée aux adultes.

Suite: épisode 2 — La chambre avec deux lits.

Si ce qui t’a retenue, c’est moins la côte que le moment où elles ont nommé l’envie sans voler la suite, commence par clarifier ce que tu cherches. Quel site choisir.

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