🔞 Fiction — histoire imaginée par La Voisine. Personnages et situations inventés, adultes et consentants.

Le canapé vert — épisode 1 : L'annonce sans case

L’annonce n’avait pas de case.

Noémie, trente-quatre ans, était assise en tailleur sur le canapé vert olive, l’ordinateur chaud sur les cuisses, le curseur clignotant dans un menu qui refusait de les reconnaître. Couple H/F. Femme cherche femme. Couple cherche femme. Rien pour deux femmes déjà ensemble qui voulaient, peut-être, ouvrir une porte sans se transformer en inventaire.

Valérie, cinquante ans, posa deux tasses sur la table basse et lut par-dessus son épaule.

— Tu as encore ouvert le site. — J’ai ouvert le formulaire. Ce n’est pas la même chose. — C’est la même lumière bleue sur mon canapé.

Le canapé portait encore la tache claire d’un verre renversé l’hiver précédent, une couture reprisée près de l’accoudoir, l’odeur vague du tissu trop souvent lavé. Trois détails banals. Un écran qui l’était moins.

Noémie ferma le clavier d’un doigt, sans fermer l’onglet.

— Je voulais voir si on existait quelque part hors de nos messages privés. — On existe ici. Dans cet appartement. Avec des tasses qui matchent mal. — Je sais. Ce n’est pas une plainte contre toi.

Valérie s’assit à l’autre bout du canapé, assez loin pour ne pas coller, assez près pour lire encore le titre de la page.

— Dis-le sans le vocabulaire d’appli. — Je désire parfois une autre femme. Avec toi dans la pièce, pas derrière mon dos. Et je ne veux pas te vendre ça comme une « expérience » pour te rassurer.

Silence. Dehors, un scooter trop bruyant. Le frigo fit son clic familier.

— Et moi, demanda Valérie, je suis quoi dans ta phrase? La permission? La caution mature? — La partenaire. Si tu n’es pas d’accord, on ferme. Maintenant.

Valérie prit sa tasse, but trop chaud, grimaca.

— Ma limite: je ne serai pas la spectatrice polie pendant que tu brilles. Ni la mère du couple qui valide les sorties. — Noté. La mienne: pas de profil caché, pas de « on verra bien » qui veut dire que je décide seule après minuit. — Écran sur la table. Comme ce soir. — Oui.

Noémie rouvrit le clavier. Le menu n’avait toujours pas de case. Elle tapa dans le champ libre, lentement, assez fort pour que Valérie lise:

Deux femmes, 34 et 50 ans, ensemble. On cherche une rencontre claire, sans urgence de performance. On dit non facilement. On préfère un café d’abord.

— Tu as mis mon âge, observa Valérie. — Parce que le cacher serait déjà un mensonge de casting. — Et si on nous lit comme un couple « maman et fille »? — On refuse. Toi la première. Moi aussi.

Valérie tendit la main. Noémie la lui donna. Serrage bref, pas théâtral.

— On ne publie pas ce soir, dit Valérie. — D’accord. — On laisse le brouillon. Demain, à jeun, on relit. Si l’une de nous a le ventre noué pour de mauvaises raisons, on efface. — Si l’une de nous a le ventre noué parce que c’est vrai, on en parle avant d’effacer.

Noémie sauva le brouillon sous un nom idiot: pas_une_case.txt. Elle posa l’ordinateur sur le coussin du milieu, écran encore allumé une seconde, puis noir.

Valérie glissa plus près. Son genou toucha celui de Noémie.

— Je peux t’embrasser sans que ce soit un vote pour l’annonce? — Oui. C’est un oui pour toi. Pas pour le site.

Le baiser goûta le thé trop fort. Les mains demandèrent avant d’ouvrir un bouton, avant de glisser sous un pull. Quand Valérie ralentit, Noémie s’arrêta net. Quand Noémie dit plus lent, Valérie obéit sans en faire un spectacle de vertu. Le désir resta entre elles: précis, un peu nerveux, sans troisième ombre pour le moment.

Plus tard, dans la chambre, Noémie se releva boire de l’eau. Au passage, elle vit la silhouette du canapé dans le noir de la pièce à vivre, l’ordinateur fermé dessus comme un livre qu’on n’a pas rangé.

Elle aurait pu supprimer le fichier. Elle ne le fit pas.

Au lit, Valérie murmura:

— Si demain on poste, on lit les réponses ensemble. Le premier non de l’une coupe le fil. — Exact. Et on n’invente pas une case pour plaire au menu. — On n’est pas un menu.

Noémie s’endormit la main sur le poignet de Valérie, la question ouverte sans être fuie: oseraient-elles appuyer sur envoyer, ou le canapé vert redeviendrait-il seulement un endroit pour les séries et les dimanches?

Le brouillon attendait. Sans case. Avec leurs âges. Et déjà, ce n’était plus tout à fait la même conversation.

Fin de l’épisode 1 — fiction, réservée aux adultes.

Suite: épisode 2 — Le verre à trois.

Une annonce n’est pas encore un rendez-vous. Rencontres couples.

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