🔞 Fiction — histoire imaginée par La Voisine. Personnages et situations inventés, adultes et consentants.

Le pacte du mardi — épisode 4 : La date suivante

La date suivante avait une heure.

Sandrine, cinquante ans, la lut sur l’écran à 16 h 41, encore chez le client d’Issy, plan d’îlot ouvert sur les genoux. Pas un fantasme flou. Un message de Clément, trente et un ans, horodaté, conforme à la règle des dix-huit heures:

Mardi barré. 20 h, bar du commerce côté Denfert-Rochereau (pas le Lices). Inès. Verre public. Pas chez nous, pas chez elle. Si stop avant 18 h, j’annule. — C.

Elle relut. Inès: un prénom réel, un lieu, les limites déjà écrites. Pas la peur déguisée en tendresse. Pas un « on verra » moelleux. Une proposition propre, celle qu’il n’avait pas osée le mardi de Marc.

Sandrine sentit deux choses en même temps: le soulagement d’être traitée en adulte, et le pincement bas, net, d’imaginer le bar sans elle. Elle n’effaça pas le pincement. Elle le nomma intérieurement: jalousie utile, pas veto automatique.

À 16 h 48, elle répondit:

Reçu. Pas stop. De mon côté: 20 h 30, terrasse du Select près Vavin. Marc. Mêmes limites. Téléphones: stop ou silence. — S.

À 16 h 52: Reçu. Bonne terrasse.

Pas de « tout va ». Pas de cœur. Le second post-it du frigo tenait encore: Pas de « tout va » pendant le dehors. Stop ou silence.

Elle rangea le plan, prit le RER, rentra rue de la Vanne juste assez pour se changer. Clément n’était pas là: message sur la table, feutre à côté du calendrier. Parti à 19 h 20. Crois barrée intacte. — C. Sur le calendrier, le mardi était toujours noir. Elle n’ajouta rien. Elle prit le métro vers Vavin.

Marc était déjà à la terrasse, même veste sobre, même distance juste. Deux verres d’eau attendaient; il n’avait pas commandé d’alcool pour elle.

— Date suivante, dit-il sans ironie. — Date suivante, confirma-t-elle. Toujours pas chez toi. Toujours pas chez moi. Et ce soir j’ai une limite de plus: mon téléphone reste face contre la table sauf stop. — D’accord. Moi aussi je peux faire face contre table.

Ils parlèrent moins travaux, plus de ce qu’on fait quand une règle a déjà cassé une fois. Marc ne demanda pas le détail de Clément. Sandrine ne montra pas le message d’Inès. Entre eux, le désir revenait de biais: sa main à lui sur la nappe, arrêtée à dix centimètres de la sienne.

— Je peux? demanda-t-il. — Oui. Là. Pas plus haut pour l’instant.

Ses doigts couvrirent les siens, chauds, sans possession. Elle renversa la main pour croiser les doigts, serra, relâcha quand un serveur passa trop près. Le corps disait oui par morceaux, pas par contrat global.

— On peut marcher? proposa-t-elle. Comme la dernière fois, mais sans l’interruption du « tout va ».

Ils payèrent séparément. Rue Vavin, l’air sentait le monoxyde et le tilleul en retard. Marc montra une ruelle plus calme.

— Je peux vous embrasser, Sandrine? Ici. Si non, on continue à marcher.

Le vous l’étonna; elle sourit.

— Tu peux me tutoyer ce soir. Et oui: un baiser. Si je recule, tu t’arrêtes.

Ce fut plus long que le baiser du Zinc avec Clément, moins chargé d’histoire. Goût de citron du verre d’eau, main contre sa hanche demandée d’un regard, accordée d’un hochement. Quand elle posa deux doigts sur son sternum, il s’écarta net.

— Encore un peu le trottoir, dit-elle. Pas d’hôtel. Pas ce mois-ci. — Marché. Trottoir.

Ils marchèrent jusqu’à la station. Pas de promesse de troisième date. Un « écris si tu veux, pas d’obligation » qu’elle accepta sans promettre l’heure. Dans le métro, téléphone face cuisse, elle compta les stations sans ouvrir les messages. Silence. Pas de stop. Le pacte tenait des deux côtés ou se brisait ailleurs — elle le saurait rue de la Vanne, pas sur un écran.

La cuisine était allumée. Clément rangeait deux verres dans le lave-vaisselle, vestiaire d’homme rentré avant minuit, l’odeur légère d’un parfum qui n’était pas le sien sur sa veste posée au dossier.

— Tu es rentrée, dit-il. — Oui. Marc. Terrasse. Marche. Baiser. Pas chez lui. — Inès. Bar. Marche. Baiser. Pas chez elle. Elle a dit qu’elle écrirait peut-être. J’ai dit pareil.

Silence utile. L’eau du robinet, une fois, puis plus.

— Jalousie? demanda-t-il. — Oui. Propre. Pas un stop. Toi? — Oui. Quand tu as écrit Marc, j’ai senti le sol. Puis j’ai fait ce qu’on avait dit: pas de « tout va ». Ça a été plus dur que le bar. — Pour moi aussi, le silence. Et mieux que la surveillance.

Elle s’approcha. Pas en face cette fois: à côté, hanche contre le rebord du plan de travail.

— Est-ce qu’on garde le pacte? Pas comme une expérience de septembre. Comme une règle vivante. On peut rayer une croix. On peut dîner ensemble un mardi barré. On peut aussi avoir une date suivante sans que ce soit une revanche. — On garde, dit Clément. Avec les post-its. Avec le droit de stop. Avec le premier mois encore: pas chez nous pour les autres. — Et sans se raconter les baisers en détail si l’autre n’a pas demandé. — Sauf si on a envie de partager. Demander d’abord.

Il montra le calendrier. Octobre commençait sur la page suivante, cases encore vides.

— Je ne barre plus quatre mardis d’avance tout seul, dit-il. On en choisit un ensemble dimanche. Croix = possible, pas dû. — Dimanche, oui.

Sandrine prit le feutre, traça sur une case d’essai en bas du calendrier un cercle ouvert, pas une croix: une invitation sans obligation. Clément hocha la tête.

Plus tard, dans la chambre, ils se touchèrent sans rejouer Marc ni Inès comme des fantômes utiles. Elle demanda s’il voulait qu’elle le prenne en main; il dit oui; elle alla lentement; quand sa respiration changea, elle demanda encore; il dit plus vite; elle obéit au rythme, pas à un scénario. Il la ramena contre lui après, bouche sur son épaule, et murmura:

— La date suivante, ce soir, c’est aussi celle-là. — Oui. Choisie. Pas pour effacer les autres. Pour ne pas les subir.

Avant de dormir, Sandrine regarda le plafond une dernière fois. Elle ne se voyait plus seulement comme la sage du calendrier ni comme la femme qui « gère » le jeune homme. Elle se voyait capable de désirer dehors, de rentrer, et de garder un pacte assez solide pour contenir la jalousie sans la transformer en police. Clément, déjà lourd de sommeil, tenait encore son poignet — contact, pas menotte.

Sur le frigo, les deux post-its restaient. Sous le calendrier, le cercle ouvert attendait dimanche.

Fin de l’épisode 4 (fin de série) — fiction, réservée aux adultes.

Retour à la série: épisode 1.

Un couple qui se choisit encore a le droit d’écrire des règles vivantes. Rencontres couples.

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Série : Le pacte du mardi · 6 min de lecture

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